Prochainement :
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- Dictée au CMA St. Barnabé (23 Avril 2026 00:00)
- Café littéraire : Autour de Guy de Maupassant (27 Avril 2026 14:00)
- Conférence : " Albert Camus " (28 Avril 2026 14:00)

Chers adhérents, Bonjour,
Je me permets de vous rappeler que demain, le 8 novembre à 14h15 au Florida à Saint-Loup, nous explorerons : "La Poétique du chemin".
Les textes qui nous guideront se trouvent en P.J au bas de cette page et en lecture ci-dessous.
J'aurai des photocopies à votre disposition.
En attendant le plaisir de vous rencontrer, je vous souhaite une excellente journée.
Bien amicalement; Jacqueline GG
LA POETIQUE DU CHEMIN - TEXTES
Texte n° 1 REVERIE extrait du recueil « A nuitée » de JGG
C’est une trouée éphémère
espace cœur où l’on s’oublie
fardant un instant solitaire
poudré de mots
entre deux vies.
C’est une envolée de lumière
clair-luisant au lac des enjeux
qui d’étincelles s’illumine
et nous confond sous trop de feu.
C’est un désir au front chagrin
contre-jour pâle
suave odeur
mêlant son charme
au teint jauni des lendemains.
C’est un vent neuf
pour cœur marri
dansant autour de mon radeau…
Illusionniste aux mains bénies !
Ô Toi, ma folle rêverie…
:- :- :- ::-- :- :- :- :
Texte n° 2 LES CHEMINS DES HORS LA LOI S.SICAUD 1913-1928
C’est le chemin des Hors-la-loi
Sans pavés. Sans poteaux ni bornes.
Sans fils télégraphiques
En portée de musique.
Sans affiches rouges ou jaunes.
Sans rivière, sans pont du Roy,
Sans maisons, sans clochers, sans rien.
Un chemin sans troupeau ni chien
Sous une lune qui s’écorne
Toute seule au milieu du ciel.
Chemins, chemins habituels
Faits pour les gens en uniforme
Vous nous menez chacun sait où.
Mais la lune a des complaisances
pour les rebelles et les fous.
Et quand l’aventure commence
Elle transpose on ne sait où
Le petit chemin sans ornières,
Sans bannières et sans frontières,
Qui peut-être un jour fut à nous.
TEXTE N°3 DEMAIN DES L’AUBE extrait du recueil Les Contemplations V. HUGO
Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
TEXTE N° 4 DEHORS extrait de CHARDIN de Jean ARON
Comme une coulée
De vieille colle
Les lauzes glissent
La toiture geint
Le rossignol dentelle sa romance
Chaque réseau de fleurs grillage sas parfums
Le temps ne veut plus rester en place
La ferme ne sait plus depuis longtemps fermer ses portes
La pierre a soif de la brebis défunte
Une robe d’odeurs frangées de vieux terreau
Débouche du fond du quotidien
Tout un passé mourant qui ne veut pas mourir
Un figuier planté là
Vague ses parfums lourds
Un cri d’épervier déchire du sang neuf
Un présent fait d’orties
Sue des plaies vivantes
Dans le lointain
L’enfant rappelle qu’il faut vivre.
TEXTE N° 5 LE PIN extrait de : l’Arbre à silex de J. Bensimon
Planté droit dans le jardin, ses aiguilles sagement rangées en éventail, il ordonne l’espace autour du fût et de la ramure. Baignant dans le silence de son erre, il déchiffre plus les vols d’oiseaux et les voyages des nuages que la grisaille de septembre. Un merle parfois se repose sur une branche – oscillation légère – plus rarement une étoile. Il faut alors ouvrir grand les yeux. A contempler davantage le pin, il s’élance lentement au ciel, verte ascension qui fend l’espace brumeux, jusqu’à la forêt du pays antérieur où l’enfance panse les plaies.
Texte n,° 6 extrait de : Les chemins nous inventent P. Delerm
J’aime bien les brouillards, les brumes endormies dans le temps immobile. J’aime le gris, le vert pâle et le roux, quelque chose de l’Angleterre dans la douceur de vivre en Normandie. Et puis, sans trop me l’avouer, j’attends la déchirure, l’éclaboussure d’un soleil à peine printanier, comme une clairière un peu folle dans la forêt des jours. On se promène en pull, soudain, on déambule sans raison, buvant à pleine soif l’eau pure d’un instant qu’il faut saluer avec bonheur, le corps et l’âme ensoleillés. C’est tout sauf un moment prémédité. Cela vous prend de préférence au mois de mars, au cœur de la semaine, à l’heure de midi, et toujours par surprise. Il faut avoir le temps, toutes affaires cessantes, temps de marcher, de s’arrêter, de regarder – le temps à perdre est le meilleur du temps gagné.
Texte n° 7 extrait de Gravitations Jules Supervielle
Les pierres du chemin, ah comment se fait-il
Qu’elles soient devenues
Les yeux des cerfs errants, des biches et des loups,
Et les yeux du cheval qui s’en allait sans ruses
Se peut-il que ce soient deux cailloux dans le fleuve?
Tournez-vous par ici, mes bêtes galopantes,
Au secours, j’ai besoin de chacune de vous,
Texte n° 8 VIVRE Jules Supervielle
Pour avoir mis le pied Sur le cœur de la nuit
Je suis un homme pris Dans les rêts étoilés.
J’ignore le repos Que connaissent les hommes
Et même mon sommeil Est dévoré de ciel…
Texte n° 9 MARSEILLE J. Supervielle
Marseille sortie de la mer, avec ses poissons de roche, ses coquillages et l'iode,
Et ses mâts en pleine ville qui disputent les passants,
Ses tramways avec leurs pattes de crustacés sont luisants d'eau marine,
Le beau rendez-vous de vivants qui lèvent le bras comme pour se partager le ciel,
Et les cafés enfantent sur le trottoir hommes et femmes de maintenant avec leurs yeux de phosphore,
Leurs verres, leurs tasses, leurs seaux à glace et leurs alcools,
Et cela fait un bruit de pieds et de chaises frétillantes.
Ici le soleil pense tout haut, c'est une grande lumière qui se mêle à la conversation,
Et réjouit la gorge des femmes comme celle des torrents dans la montagne,
Il prend les nouveaux venus à partie, les bouscule un peu dans la rue,
Et les pousse sans un mot du côté des jolies filles.
Et la lune est un singe échappé au baluchon d'un marin
Qui vous regarde à travers les barreaux légers de la nuit.
Marseille, écoute-moi, je t'en prie, sois attentive,
Je voudrais te prendre dans un coin, te parler avec douceur,
Reste donc un peu tranquille que nous nous regardions un peu
Ô toi toujours en partance
Et qui ne peux t'en aller
A cause de toute ces ancres qui te mordillent sous la mer
Texte n° 10 La charrette
extrait de : « La fable du monde ». SUPERVIELLE
La charrette qui vient du fond de ton enfance
Comment peut-elle encor gémir en avançant,
Elle qui dort si mal au creux de ta mémoire
Ne devrait pas ainsi affronter le présent.
Mais tourne-toi plutôt vers cette grande glace
Affronte ce visage issu de maintenant,
Ou bien combien de fois faudra-t-il te redire
Que le reste n’est plus que mort et souvenir,
Et que seul, ton regard qui ne peut se rider
Sait venir de très loin pour aboutir si près
Qu’il te donne le vertige des précipices,
Et tu baisses les yeux par crainte de tomber.
Texte n° 11 MA BOHEME A. RIMBAUD
Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou.
– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !